Les victimes silencieuses de la crise politique centrafricaine

Vendredi 25 Janvier 2013

Source: http://www.lejournalinternational.fr/societe/

Les bergers peuls Mbororo sont extrêmement touchés par la crise en République centrafricaine. De nombreuses familles subissent la séparation, les prises d’otage, l’exil et la famine. Enquête.

Une famille de réfugiés Mbororo non loin de Garoua Boulai

« Regardez mes mains, elles sont pleines d’ampoules. Je n’ai jamais cultivé quoi que ce soit depuis ma naissance. Je suis berger, et c’est ce que je sais faire. Nous n’avons presque plus rien à manger (…) ». Jaae ne sait plus où mettre la tête. Ce peul Mbororo centrafricain et sa petite famille, sont installés non loin de Garoua-Boulaï, au Cameroun, depuis deux semaines.

Comme cette petite famille, ils sont de plus en plus nombreux à fuir la crise politique en République centrafricaine (RCA), pour trouver refuge dans la région de l’Est du Cameroun. Les peuls Mbororo, des bergers nomades, habitent sous des tentes faites de matériaux provisoires.

« Personne ici n’a oublié les exactions dont nous avons été victimes dans notre pays depuis 2003. Les crises qui se sont multipliées, ont donné l’occasion aux rebelles de se servir chez nous, parce que nous sommes des éleveurs », explique Jaae.

Une veuve et ses trois enfants

Il se souvient qu’en avril 2007, des hommes armés sont descendus à Mobinou, un village de la préfecture de Nana-Mambéré à l’Ouest de la Centrafrique, et emporté toutes les bêtes des habitants, non sans avoir laissé derrière eux plusieurs morts et des femmes violées. « En 2003 quand Bozizé arrivait au pouvoir, les rebelles l’ont aidé. Quand il a pris le pouvoir, il ne pouvait plus les payer. C’est pour ça qu’ils venaient régulièrement nous arracher nos biens, sans que l’Etat ne trouve une solution. Maintenant qu’il y a les rebelles du Séléka, nous avons vraiment peur », explique Ndoundi, un chef du clan Mbororo.
Installés il y a plusieurs siècles dans la région, les bergers peuls Mbororo sont les premiers à souffrir des guerres civiles à répétition qui sévissent en RCA. Ils sont aussi victimes de kidnapping de tout genre. Les Zarguina (coupeurs de route) ont trouvé en ces derniers, des pourvoyeurs de richesse. Réputés fins éleveurs, nombreux sont ceux qui ont perdu tout leur cheptel en payant les rançons demandées par les Zarguina, rançon pour retrouver les membres de leur famille capturés. C’est la raison principale qui a poussé environs sept mille Mbororo à se refugier au Cameroun, éparpillés sur la bande de la frontière centrafricaine. La plupart d’entre eux, en arrivant au Cameroun, n’ont plus rien.

L’une des difficultés des ONG présentes dans la région réside dans la distribution des produits. Car les Mbororo, arrivés par vagues, se sont éparpillés dans les brousses, d’où la difficulté à les recenser. L’Union des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a fait construire un centre, où de nombreux enfants sont internés chaque jour pour malnutrition. « On arrive à recenser quelques familles grâce à nos fichiers, explique le Dr. Djuzo du centre thérapeutique de nutrition de Garoua-Boulaï. Si leur sécurité est garantie grâce au bataillon d’intervention rapide posté le long de la frontière, il reste que les peuls Mbororo, qui ne sont désormais plus bergers, vivent dans la précarité. Pour l’instant la seule activité reste l’agriculture, en attendant d’avoir une ou deux têtes de bœufs, et relancer l’élevage et le commerce du lait de vache ».

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Déclaration de Mme Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, à l’occasion de la Journée des droits de l’homme

Journée des droits de l’homme – le 10 décembre 2012
« L’inclusion et le droit de participer à la vie publique »

Déclaration de Mme Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, à l’occasion de la Journée des droits de l’homme

Ces dernières années, des millions de personnes à travers le monde sont descendues dans la rue, enhardies par ce qui se passe dans d’autres pays pour revendiquer, pour certaines, des droits civils et politiques, pour d’autres, des droits économiques, sociaux et culturels.

Cette vague de fond ne se limite pas à la simple demande, par ces personnes, de pouvoir dire ce qu’elles pensent, de pouvoir signifier clairement ce qu’elles veulent.

Elles demandent aujourd’hui bien plus que cela. Elles demandent que les gouvernements cessent de décider ce qui est le mieux pour leurs populations sans même les consulter. Elles revendiquent le droit de participer pleinement aux décisions et aux politiques qui affectent leur vie quotidienne aux niveaux international, national et local. Elles sont nombreuses, dans une multitude de pays, à faire savoir qu’elles en ont assez de voir leurs dirigeants les traiter avec mépris et ignorer leurs besoins, leurs ambitions, leurs craintes et leurs souhaits.
En réalité, elles ne font que réclamer ce qui, en droit international, leur revient légitimement depuis plus de soixante ans. Elles revendiquent les droits de l’homme consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme, commémorée le 10 décembre de chaque année, et renforcés ensuite dans d’autres traités internationaux contraignants.

Tout citoyen doit avoir le droit et la possibilité de prendre part à la conduite des affaires publiques, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis. Toute personne doit avoir le droit de voter, d’être élue et d’avoir accès au service public ainsi que le droit à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Ces droits font partie de ceux consacrés par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel 167 États sont parties et qui ont été réaffirmés à maintes reprises et de façon similaire dans d’autres lois et documents.

Ces droits sont censés s’appliquer à tous. Nulle personne ne devrait être exclue en raison de son sexe, de son appartenance à une minorité, de sa pratique d’une religion ou parce qu’elle est homosexuelle, souffre d’un handicap, a des convictions politiques particulières, est une migrante ou appartient à un certain groupe racial ou ethnique. Nous devrions tous avoir une voix qui compte dans nos sociétés. Nous devrions tous pouvoir participer librement, activement et significativement aux affaires à la fois économiques et politiques.

Ce n’est malheureusement pas le cas pour nombre de personnes.

Au lieu de cela, beaucoup de personnes sont ignorées ou, pire encore, sont activement persécutées, et les personnes qui tentent de les aider à obtenir leurs droits – les défenseurs des droits de l’homme – font elles aussi l’objet d’intimidations, de menaces et de persécutions. Les choses sont parfois moins délibérées, plus insidieuses. Certaines personnes ou certains groupes de personnes sont tout simplement privées de possibilités : la possibilité de faire entendre leur voix ou d’utiliser leur intelligence et leurs talents pour réaliser les succès dont elles sont capables, pour sortir de la pauvreté ou pour occuper un emploi public de haut niveau, voire n’importe quelle charge publique.
Des millions de personnes ne peuvent même pas nourrir de rêves ambitieux ; elles se bornent à rêver qu’elles vont s’en sortir et survivre un jour de plus.

Cela peut être dû au fait qu’elles n’ont pas été à l’école, qu’elles ne bénéficient pas de soins de santé, d’un logement convenable, d’une alimentation suffisante ni d’aucun des droits et des services élémentaires qui leur donneraient la possibilité de construire un avenir meilleur.

Elles peuvent aussi être personnellement exclues des possibilités existantes par des lois ou des pratiques discriminatoires ou parce que, pour des raisons indépendantes de leur volonté, elles sont apatrides, citoyennes de nulle part, et sont dès lors privées non seulement de voix mais aussi d’existence officielle.

Il se peut également que leurs dirigeants soient à ce point préoccupés par leur propre emprise sur le pouvoir et la richesse qu’ils ne se soucient nullement de ce qui arrive aux personnes dont ils régissent la vie. Ils concèderont juste assez pour que la population se tienne tranquille et qu’elle cesse de protester. Si des citoyens s’obstinent à faire entendre leur voix, ils les enferment, les torturent ou trouvent d’autres moyens de distraire leur attention, de les faire taire ou de les faire disparaître.

Ces deux dernières années, des personnes dans beaucoup de pays ont toutefois fait monter les enjeux et ont signifié clairement que « juste assez » n’est plus assez. Dans de nombreux pays, elles ont affronté leurs gouvernements – pas uniquement au Moyen Orient et en Afrique du Nord mais aussi dans d’autres régions du monde – sur des questions qui couvrent tout l’éventail des droits civils, politiques, sociaux, culturels et économiques fondamentaux.

Ces derniers mois, nous avons continué d’assister, dans un certain nombre de pays, aux exemples les plus extrêmes de mépris des droits : plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été torturés à mort, violés, bombardés, mitraillés, abattus, expulsés de leur foyer, privés de nourriture, d’eau, d’électricité et de soins de santé par leurs propres gouvernements ou par des groupes armés dont l’unique intention semble de s’accrocher au pouvoir. Ce sont ces gouvernements et ces acteurs non étatiques qui continuent d’adopter un comportement aux antipodes de tout ce que nous célébrons lors de la Journée des droits de l’homme.

Je rends aujourd’hui hommage à tous ceux qui ont tant souffert en cherchant à obtenir ce qui leur appartient légitimement et à tous ceux qui, à leur manière, dans d’autres pays – que ce soit à Santiago ou au Caire, à Athènes ou à Moscou, à New York ou à New Delhi –, affirment aussi que nous avons une voix, que nous avons nos droits et que nous voulons participer à la manière dont nos sociétés et nos économies sont gérées.

Car c’est ainsi que cela doit être.

FIN

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Points de blocage et options pour une COP18 « réussie »

Points de blocage et options pour une COP « réussie »

Contexte. Les pays développés essaient d’affaiblir l’importance de cette COP, comme s’il ne s’agissait que de mettre en oeuvre l’existant. Notamment parce qu’ils n’ont pas envie:

–       de rehausser leurs objectifs de réduction d’émissions à Doha. Ils sont venus sans mandat.

–       de mettre des sous sur la table pour prendre le relai des financements précoces. Ils sont venus sans mandat et sans argent dans leur budget.

–       d’attirer trop l’attention sur le fait que l’agenda de la plateforme de Durban va conditionner la négociation pendant les 3 ans et que la structuration sera clé. Ils ne veulent pas se « faire avoir » comme à Bali en 2007 qui a négocié un agenda « pro-G77 » en mettant tous leurs sujets à l’agenda.
Pourtant, cette COP est d’une importance cruciale, justement parce qu’elle assurer la transition entre deux cycles de négociation (LCA->ADP), sans rien perdre en route mais tout en n’alourdissant pas l’agenda des 3 prochaines années. L’Afrique doit s’assurer que ses sujets sont au cœur du prochain accord et des futures négociations.

Les pays développés ne veulent pas les choses dans l’ordre, et veulent plonger dans la plateforme de Durban avant d’avoir clôturé le LCA. Certes, lancer les discussions au plus vite sur l’accord 2020 est crucial. Mais sans accord sur les points ci-dessous, ce lancement est compromis. On risque de ne pas réussir à fermer le LCA, retardant les négociations pour un accord global et renforcant la suspicion qui règne entre les parties. Alors que la communauté internationale ne s’est donnée que 3 ans pour négocier un accord mondial applicable à tous. 3 ans pour convaincre les pays émergents d’adhérer à un nouveau paradigme pour l’équité. Peu de temps en somme. Le meilleur moyen de lancer l’ADP et d’obtenir un accord en 2015, est de clôturer le LCA en s’assurant que les pays développés se fixent des objectifs comparables d’atténuation et financiers.

Après une semaine de négociation technique très lente, les sujets renvoyés aux ministres sont très nombreux. Les sujets qui vont fortement conditionner la négociation et le succès ou l’échec de Doha sont les suivants.

  1. 1. Quels financements après 2012 ?

◦       Des besoins financiers qui ne cessent d’augmenter puisque nous sommes sur une trajectoire de réchauffement de 3,5 à 6°C: démultiplication des évènements extrêmes, etc.

◦       Un vrai problème de visibilité. Avec la fin des financements précoces cette année, un Fonds Vert neuf et vide,  un Fonds pour l’Adaptation qui lance un appel à dons (à hauteur de 100 millions), et un prochain engagement pour 2020 seulement, on a un vrai problème de visibilité et d’engagement pour 2013-2020.

◦       Des attentes fortes. Le G77 demande une décision avec un objectif chiffré pour 2015 avant la clôture du LCA. Les ONG demandent 60 milliards de financements publics entre 2013 et 2015, soit deux fois le montant des financements précoces. Une partie des financements devra être dédiée au Fonds Vert et au Fonds pour l’Adaptation.

◦       Les pays sont venus sans mandat. L’UE par exemple peut s’engager à « continuer » les efforts financiers pour le climat – en d’autres mots, les financements climat peuvent continuer mais avec un risque (avéré) de les voir radicalement décroître à partir de 2013.

◦       Une question de confiance. Au-delà des montants, c’est aussi une question de prévisibilité et de signal politique que les états n’envoient pas.

◦       Alors que c’est en train d’endommager la négociation sous le LCA et l’ADP. Et qu’on sait que les besoins des pays augmentent.

◦       On sait que certains pays ne sont pas venus les mains vides : Allemagne, Finlande (500 millions pour le Fonds Vert), Pays Bas, Danemark, Royaume Uni. Mais ils sont sous pression des autres pays développés de ne pas s’avancer ici à Doha.

◦       Dire que les $$ continueront ne suffit pas.

◦       Pour envoyer le signal politique fort dont la négociation a besoin a ce stade ; il faut:

  • Que les pays s’engagent à accroître les financements climat au-delà des montants actuels de financements précoces,
  • des engagements individuels ou agrégés pour le Fonds Vert et/ou le Fonds pour l’Adaptation, notamment appuyés sur des sources additionnelles de financement (TTF et ETS)
  • un processus pour améliorer traçabilité des engagements financiers
    • un rapport sous la COP sur les financements précoces,

des règles communes de transparence pour les pays développés

  • Un processus pour garantir une montée en puissance des financements climat entre 2013 et 2020 :
    • une conférence des donateurs en 2013,
    • un processus ministériel sous la COP chaque année spécifiquement sur cette question.
    • Et une continuation du programme de travail sur les financements de long-terme
    • L’Afrique doit appeler les pays développés :
      • à fixer un objectif chiffré et ambitieux sur la table pour donner de la prévisibilité aux pays qui vont devoir programmer des programmes d’adaptation et d’accès à l’énergie renouvelable,
      • et rassurer les pays que les montants vont augmenter, pas seulement continuer (ce qui peut signifier une baisse des financements) – via les options présentés ci-dessus.

  1. 2. Quelle 2ème période sous le Protocole de Kyoto ?

◦       C’est a priori un acquis du sommet puisque l’UE notamment s’est déjà engagé à en faire partie depuis Durban.

◦       Mais depuis, c’est la désertion : Canada, Japon, Nouvelle Zélande, Russie

◦       Et le niveau d’ambition sous le KP est proche de zéro : l’UE a presque déjà atteint son objectif pour 2020, avec 8 ans d’avance ! Et elle n’arrive pas à se mettre d’accord en interne pour rehausser l’objectif à -30% d’ici 2020.

◦       Un rôle destructeur de la Pologne. Pire, la Pologne et la Russie fragilisent symboliquement et politiquement le Protocole de Kyoto en refusant d’annuler les quotas de CO2 en excès dont ils ont bénéficiés lors de la 1ère période (13 milliards de tonne de CO2, appelés « air chaud »).

◦       L’UE dit que cela n’affectera pas son ambition car sa législation interdit l’utilisation de l’air chaud pour atteindre les objectifs des pays. Mais c’est oublier que cet air chaud est le résultat de la faiblesse des engagements actuel, qu’il n’y a pas que l’UE dans la 2e période (aussi l’Australie) et que ce que veulent surtout la Russie et la Pologne, c’est garder tout leur surplus de quotas et le transférer dans le prochain accord post 2020.

  • Les pays les plus pauvres – AOSIS en tête – ne sont plus prêts à accepter une 2ème période à tout prix.
  • Cela implique que l’UE cède quelque chose : 30% ou les UQA.
  • Le Mali et l’Afrique doivent peser sur cette question.
    • Indirectement, c’est un affaiblissement de l’ambition qui se traduit par une aggravation des impacts du CC en Afrique.

ne pas autoriser les pays à transférer leur surplus dans le prochain accord (annulation de tous les quotas en fin de 2e période de Kyoto)

  • et une clause contraignante sous le KP 2 pour obliger les pays développés à relever leurs objectifs de réduction en 2015 sous le protocole.
  • Peut être en refusant que la prochaine COP se déroule en Pologne tant qu’elle n’accepte un compromis sur cette question ?

  1. 3. Quelle ambition en attendant un accord mondial sur le climat en 2020

◦       Le futur accord n’entrera pas en vigueur avant 2020 a priori.

◦       D’ici là, nous sommes sur une trajectoire de réchauffement très élevée alors que la science nous demande de faire décroître nos émissions mondiales bien avant 2020.

◦       Donc l’urgence, ca n’est pas seulement le futur accord mais avant et surtout entre 2013 et 2020. C’est tout l’enjeu du 2ème chantier sous la Plateforme de Durban qui doit négocier une relève de l’action de l’ensemble des pays. Ce 2ème chantier a fait partie des conditions imposées par les AOSIS à Durban pour accepter de repousser l’accord 2012 à 2020.

◦       Pour les pays développés, ce 2ème chantier doit se concentrer sur les efforts de réduction des pays en développement (NAMAs).

◦       Mais avant de parler NAMAs, il faut plus de certitude sur les financements qui permettront ces efforts de réduction.

◦       Et avant de parler NAMAs, il faut parler des objectifs de réduction que peuvent se fixer les pays les plus avancés : les pays du Golfe par exemple.

◦       Et surtout, avant de passer à cette négociation sous la plateforme de Durban, il faut exiger que l’ensemble des pays développés prenne des objectifs de réduction comparables, qu’ils soient sous ou en dehors du Protocole de Kyoto. Autrement on ne fermera pas le LCA.

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Eco 28 CCNUCC Cop18

Eco 28 Cop18 CCNUCC

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Eco27 Cop18 CCNNCC

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Eco 26 de la COP18 CCNUCC

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Doha AFPAT IPACC site even

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PAN AFRICAN CLIMATE JUSTICE ALLIANCE AFRICAN CIVIL SOCIETY POSITION FOR COP18

PAN AFRICAN CLIMATE JUSTICE ALLIANCE
AFRICAN CIVIL SOCIETY POSITION FOR COP18
27 November 2012, Doha, Qatar
The Position of Pan African Climate Justice Alliance (PACJA), a coalition of African Civil Society Organizations at the 18th Conference of Parties to the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) and the 8th Session of the Conference of Parties serving as the meeting of Parties to the Kyoto Protocol (CMP 8).
We converge in Doha at a time when evidence of climate change across our continent, in rural settlements and pastoral areas, in towns, on coastlines and deep in the heart of Africa is no longer a matter of speculation but a reality people are battling. Our rivers run dry. Our crops turn to dust. Seasons shift and change. The effects of climate change are reflected in the expectant eyes of hungry children, and in the lengthening footsteps of women carrying water.
Across Africa, a growing congregation of people suffers starvation and disease while others, after freeing themselves from the grip of grinding poverty, are shackled again by an increasingly hostile climate. It is a cruel irony that a people who have lived for so long in harmony with Mother Earth, imprinting the lightest of footprints, now suffer a crisis they did not cause.
We bear the burden of climate change; but they are not of our making. For over two centuries the industrialized world became wealthy by polluting the atmosphere. Wealthy countries and corporations plundered resources from every region of the world. On mountains of coal and oil they built cities of plenty. In the great buildings they constructed while causing the climate crisis they now shelter from its adverse effects. Those left outside are forced to find another path to prosperity, while the sun beats down, or a perfect storm – not of their making – gathers on the horizon.
The result is a spiraling set of crises now afflicting our world among which is climate change. Responsibility for the causes and consequences of climate change lies with this system. More than 70% of carbon dioxide from industrial sources was emitted by the 20% of people living in developed countries. Africa, home to around a billion people, contributed less than 4%.
Rather than addressing their historical responsibilities, these countries and corporations, along with a significant segment of the scientific community, have led us to focus on the symptoms of climate crisis and ignore its causes. We have focused on the fever while disregarding the disease: a system that has enabled a minority of the Earth’s people to appropriate the vast majority of its natural resources and material wealth, and that is organized around a logic of competition and commodification in pursuit of limitless growth on a finite planet.
The industrialized countries now seek to entrench and extend the current system of social and economic organization, and propose to allow temperatures to rise by up to 2 degrees globally, and to much higher levels in Africa, threatening the production of food for our families, the stability of our ecosystems and the viability of our jobs and livelihoods. And worse, in their actions and paltry commitments they in effect allow a catastrophic global warming of 3°C, 4°C, 5°C or even higher.
They seek to continue their excessive emissions, threatening our development and consuming an unfair share of the Earth’s atmospheric space. Their current proposals would enable the 20% of people living in developed countries to consume over 60% of the Earth’s carbon budget (historically to 2050) while the 80% who are poor would be consigned to live within the remaining 40%. This looting of common property, the atmospheric space by a handful people of wealthiest nations, while millions are starving does really need to be condemned. Through a global carbon market, they seek to enable their wealthiest investment firms and most polluting corporations to commodify the carbon in our soils, forests and other resources to create “carbon credits” that entitle them to increase their pollution, evading their responsibilities to cut their own emissions and provide public funds to developing countries.
To achieve their objectives, developed countries are seeking to end rather than implement the Kyoto Protocol, in violation of international law. They seek to dismantle the current UN climate regime and replace it with a weaker system of voluntary pledges. The so-called Copenhagen Accord, a document resulting from an un-transparent and undemocratic process in Copenhagen, and which the UN Climate Convention’s Secretariat confirmed does “not have any legal standing in the UNFCCC process even if some Parties decide to associate themselves with it”, has through questionable means in Cancun and Durban been increasingly incorporated into the formal processes.
The outcomes of the Durban negotiations threatens to leave a void for the crucial next decade with no binding, stringent commitments for emissions reductions by the rich countries, nor necessary financing and technology commitments. Furthermore, an open-ended mandate to negotiate a new instrument – the Durban platform – threatens to cement an unambitious pledge and review framework with no or little differentiation between developed and developing countries This would entrench the world on yet another decade of inaction, post-2020, which would guarantee disaster, not only for Africa but the whole world. Any new regime must be firmly rooted in equity and utterly ambitious in line with what science demands.
The rich countries, however, propose global goals that risk untold suffering in Africa, while offering insufficient emission reductions, and inadequate funding. Expectations are downgraded. Processes are delayed. Pressure is mounting on developing countries. Those who suffer the injustice of climate change are encouraged to be “constructive”, while those who caused it “divide and rule” through political pressure and the misuse of financial resources.
We, the people and organizations of Africa, believe that such an approach threatens not only Africa but all of humanity. We call for a fairer and more science-based solution to climate change that addresses the structural causes of climate change, not merely its symptoms; that promotes greater harmony among people and with nature; and that ensures respect for the human rights of all people and the rights of Mother Earth. We, as Africans, stand ready to play our part. But cooperation must be based on justice. Our future cannot be a subject of bargaining and our development cannot be sacrificed.
The outcomes to be agreed at the Doha climate negotiations must ensure that developed countries address their historical responsibilities and debts, while implementing the Kyoto Protocol (through the Kyoto Protocol track) and the Climate Convention (through the Bali Action Plan). As the basis of this approach, we call on developed countries to address their historical responsibilities and honor their climate debts to developing countries:
• We call on developed countries to acknowledge that they have already used more than a fair and sustainable share of the Earth’s atmospheric space. They must repay their debt through deep domestic emission reductions and by transferring the technology and finance required to enable us to follow a less polluting pathway, without compromising our development (an emissions debt).
• We call on developed countries to compensate us for the adverse effects of their excessive historical and current per-capita emissions, which are burdening us with rising climate-related costs and damages (an adaptation debt).
To advance the interests of Africa the outcome of the climate negotiations in Doha must at a minimum address the following demands:
1. Keep Africa safe. We recognize the need to minimize further loss and damage to Africa, and call for the blanket of greenhouse gas in the atmosphere to be returned to well below 300ppm CO2eq and warming to be limited to well below 1 degree Celsius above pre-industrial levels, with the objective of returning to pre-industrial levels in the longer term. Even warming of this level globally risks warming of more than 1.5 degrees Celsius in Africa, dangerous interference with our climate, and loss and damage requiring compensation. We oppose a goal of “less than 2 degrees Celsius” as condemning Africa to incineration and to no modern development.
2. Secure food Security. We recognize the grave risk posed by climate change to our food security, and to the lives and livelihoods of our farmers and rural poor communities, and call for atmospheric concentrations to be stabilized in a time frame that safeguards food production, allows our agricultural and ecological systems to adapt naturally, and safeguards our jobs and economic development.
3. Share the atmosphere fairly. We emphasize our right to achieve sustainable development making use of a fair share of the Earth’s global commons and resources, and call for the carbon budget required to return to well below 300ppm CO2eq to be shared fairly with Africa taking into account the accumulative historical use of these resources by developed countries and the finance and technology transfers made available to developing countries.
4. Rich countries to cut excessive consumption and pollution. We recognize that current atmospheric concentrations are principally the result of historical emissions of greenhouse gases, the largest share of which originated in developed country Parties, and we call on developed countries honor their commitments under the Kyoto Protocol and curb the growth of their emission debt by reducing their emissions by more than 50% by 2017 and by more than 100% well before 2050, against a base year of 1990 levels. We call on the United States to ratify the Kyoto Protocol or adopt comparable commitments under the Climate Convention. We oppose any effort by developed countries to appropriate Africa’s fair share of atmospheric space or to create carbon markets to buy a further share.
5. Protect and compensate affected communities. Developed countries’ historical emissions are driving current and committed warming and its adverse effects on Africa. The impacts and costs of climate change have been grossly underestimated. Damage from disasters, droughts and other adverse effects in Africa are rising rapidly. To limit and repay their adaptation debts, developed countries must compensate Africa for the full costs of: 1) avoiding harms (where possible); 2) actual harm and damage; and 3) lost opportunities for our development. We oppose any effort to establish adaptation as an obligation not a right, or to use adaptation as a means to divide or differentiate between developing countries.
6. Polluter not poor pays. Developed countries have prospered through “cheap carbon” growth while externalizing their costs to the atmosphere and to developing countries. The costs are now born by Africa, as we mitigate and adapt to a crisis we played little role in causing. To avert a climate catastrophe and enable mitigation, adaptation and technology transfer to developing countries, developed countries must make available financing of more than 1.5% of their GDP. We oppose efforts to shift the burden of financing away from developed countries and towards developing countries or the market. We oppose the creation of “unsupported” or “market” NAMAs (actions) as inconsistent with the Convention.
7. Transfer the tools to adapt and develop. Curbing global emissions within a decade requires technology transfers on a scale never before considered. We need a Marshall Plan for Africa and for the Earth. Developed countries must remove intellectual property rights, pay “full incremental costs” of technology transfer to protect developing countries and contribute for peaking and declining of global emissions. As stated in the Convention, the extent of developing countries’ implementation depends on developed countries’ implementation of financing and technology. We oppose efforts to sell rather than transfer technologies, or to strengthen rather than relax Intellectual property rights.
8. Fair not false solutions. We oppose the use of false and unfair measures by developed countries. They must not shift burdens to developing countries, or seek to “divide and rule” the countries of the South, or to penalize developing countries through trade or other measures. We oppose the creation of global carbon markets or sectoral trading mechanisms, by which the developed countries will take more of Africa’s rightful share of atmospheric space.
9. Systems change not climate change. Recognizing the structural causes of the present crisis, and that the climate crisis will not be solved with the same level of thinking that created it, we call for a new system that restores harmony with nature and among human beings. We believe that to balance with nature, there must first be equity among human beings. We call for fundamental change to the current system of social and economic organization and call for a new order building on the wisdom of our civilizations to live well and to live in harmony with Mother Earth.
10. Defend democracy. We affirm that the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) constitutes the fundamental legal framework on climate change and call for the establishment of effective and accountable institutions under the Conference of Parties. We oppose the removal of decision-making away from our elected representatives into unaccountable institutions at the regional or international level. And we oppose efforts to extend the role of the World Bank, Global Environment Facility or other donor-driven institutions. We call for a response to the climate crisis that is of the people, by the people and for the people.
The response to the climate crisis must advance Africa’s interests. Africa must sign no suicide pact in Doha. Our longer-term interests must under no circumstances be sacrificed to short-term financing or to “beggar thy neighbor” outcomes that pursue the interests of some developing countries at the expense of others.
We call on Governments to end years of delay and meet their moral, historical and legal obligations, and urge all movements, peoples organizations, civil society groups and all concerned citizens to come together in a global campaign on climate justice. We will stand in solidarity with the leaders of any nation who seek a solution to climate change that is founded on justice, builds on the best available science, and ensures the well-being of Africans and other peoples and countries.

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Halte aux tracasseries que subissent les éleveurs nomades au Tchad

Halte aux tracasseries que subissent les éleveurs nomades au Tchad

Les éleveurs nomades au Tchad font partie intégrante de l’identité culturelle de notre pays.  Comme chacun le sait, ils transhument depuis des temps séculaires dans la zone sahélienne, à la recherche de pâturages et d’eau. Parmi eux, certains sont des transhumants transfrontaliers, dont les pratiques suffisamment anciennes sont reconnues par les différents pays de la sous-région. Pour autant, pour la plupart analphabètes, ils sont des proies faciles et font l ‘objet de multiples tracasseries et abus administratifs lors de leur mouvement.

Il y a de cela trois semaines dans la zone du Lac, nous, membre du Collectif des Associations des Eleveurs du Tchad avons décidé de réagir en organisant une mission pour recueillir leurs témoignages.

Principal constat, les éleveurs sont victimes d’une confusion avec les commerçants de bétail qui sont  sous le coup d’une décision d’interdiction d’exportation du Ministère.

Tout d’abord, les communautés se plaignent de ne pouvoir rejoindre le Chari pour abreuver leurs troupeaux alors, qu’à cette saison, ils se rendent normalement au fleuve. Cette situation a des conséquences graves  puisque que le fleuve, à cette période de l’année, est le principal point d’abreuvement: les animaux sont assoiffés et le pâturage se fait de plus en plus rare.

D’après un témoignage « il y a deux semaines lors de la réunion d’information à Massaguet le sous-préfet nous a affirmé que, suite à la décision d’interdire l ‘exportation du bétail sur pieds, plus personne n’a le droit de traverser le goudron entre Djarmaya et Dandi, même pour aller simplement boire au fleuve Chari. Comme nous n’avons pas de puits pastoraux, nous ne savons où aller. Il ne reste que deux mares Picessou et Ganastou dans toute la zone pour accueillir des milliers des transhumants. Cette situation est potentiellement explosive. Certains pour abreuver le bétail ont même été obligés de rentrer hâtivement dans le lac. Maintenant, malgré la présence de nombreux insectes et des risques sanitaires que cela comporte, ils ne peuvent plus en ressortir à cause des cultures qui bloquent le passage »

Certains groupes ont quant à eux été purement et simplement expulsés à leur arrivée dans leur zone de séjour habituelle de saison sèche. D’autres vivant dans des villages expliquent dans le menu détail le déroulement de l’opération sur le terrain : « Vendredi 24/12/2010 dans la matinée, trois hommes en tenues sont venus dans notre village. Ils ont demandé pourquoi on garde des animaux au village. Nous avons répondu que depuis 13 ans, âge de fondation du village, nous séjournons ici en saison sèche avec quelques laitières pour nourrir nos enfants. Un des agents après avoir téléphoné a alors procédé à l’arrestation deux de nos jeunes enfants, qui conduisaient 3 troupeaux de laitières au pâturage à la sortie du village. Quelque temps après, un véhicule plein d’hommes en tenues sont venus arrêter un des notre pour le conduire au bureau de douane de Mani. Il y avait deux douaniers dans le bureau qui lui ont demandé de rester et d’attendre. Après la prière de 13 heures, les douaniers (8 motos) sont retournés avec l’intéressé au village. Une fois arrivé sur place, les douaniers ont réuni tout le monde, femmes et hommes. Un des douaniers, après s’être présenté comme Adjoint du Directeur des Douanes de Mani, a demandé aux villageois 50 000 FCFA pour chacun des troupeaux soit en tout 150 000 FCFA. » Selon des témoins 100 000 FCFA ont été donné au soit-disant adjoint, sans aucun justificatif. Pour finir ce dernier a enjoint les villageois à tenir leurs bœufs loin du fleuve s’ils ne voulaient pas rencontrer à nouveau des problèmes.

Les éleveurs se désespèrent : « Maintenant tout nos bœufs sont loin du fleuve, de là où on vit. Ils sont assoiffés et on ne sait plus quoi faire. Nos bœufs sont comme les arbres et les poissons, ils ne peuvent vivre sans eau. Nous n’avons plus rien nous les nomades. Il n’y a plus de couloires de transhumances d’ici jusqu’à Gredaia ».

Ensuite, bien qu’aucune interdiction de vente de bétail sur le territoire tchadien n’ait été promulguée, nos éleveurs se plaignent de se voir refuser, par des hommes en tenue, l’accès aux marchés locaux de Djanatal-Naim et de Douguia pour vendre leur bétail et s’approvisionner en mil.

Ainsi, le 3 janvier 2011, des éleveurs en route pour vendre des bœufs sur le marché de Douguia ont été arrêtés et amendés sur leur chemin. Ils ont dû non seulement payer une amende de 5000 FCA par tête de bœufs aux douaniers mais ils ont dû aussi débourser 800 000 FCFA pour récupérer 10 têtes qui avaient été purement et simplement confisquées.

Les éleveurs se désespèrent : « Ils nous empêchent de faire le marché et de transhumer le long du fleuve Chari, comment va-t-on faire pour survivre ? Avec la sécheresse en 2008 et en 2009 nous avons déjà perdu trop de bétails et nous avons de nombreux veaux orphelins. Nous sommes obligés d’utiliser nos chevaux pour amener de l’herbe aux bœufs qui ne peuvent plus se lever. On a déjà perdu assez de bétail comme ça ».

A vu des principaux résultats de cette mission, le collectif recommande que soient levées immédiatement toutes formes d’interdiction qui pourraient empêcher les éleveurs d’accéder au fleuve Chari ou de transhumer vers le Cameroun. Le collectif insiste pour  que ces recommandations prennent effet immédiatement car en l’absence de réponse rapide des autorités, la mortalité annoncée  du bétail pourrait  s’aggraver massivement, gaspillant un capital pourtant si précieux au développement du monde rural tchadien.

Concernant l’accès aux marchés, le collectif demande que des mesures rigoureuses soient prises pour ramener à l’ordre certains des agents véreux qui sous prétexte de suspicion d’exportation frauduleuse du bétail empêchent les transhumants de vendre leur bétail sur les marchés locaux et de s’approvisionner en produits de premières nécessités.

Cette situation ne peut plus s’éterniser dans l’indifférence généralisée de l’opinion publique et du gouvernement: « Nos animaux sont loin de nous parce que nous n’avons plus accès à l’eau. Nous n’avons plus le droit d’amener notre bétail au marché pour acheter du mil. Dieu est grand, le gouvernement est grand aussi, mais nous, on fait comment ? »

La rapporteuse

Hindou Oumarou Ibrahim

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La fille peule autochtone du Tchad

La population Peule (Foulbé, Bororo) autochtone du Tchad est estimée à environ deux cent cinquante mille (250 000) âmes vivant en transhumance exclusivement de l’élevage et de l’agriculture de subsistance.
Les éleveurs peuls pratiquent le nomadisme sans parcours déterminé et sont très attachés à leurs animaux. Pour leur approvisionnement, les filles et les femmes se déplacent dans les villes ou villages proches pour vendre les produits de l’élevage (lait frais, lait caillé, beurre…) et acheter en retour les produits de l’agriculture et les produits manufacturés. Les Peuls autochtones forment le groupe le plus marginalisé et subissant le plus de discrimination au Tchad. Cette minorité ne bénéficie d’aucune facilité spécifique pour son accès aux soins, à l’éducation, etc… Les timides stratégies conçues et élaborées par le gouvernement en matière d’éducation n’ont pas donné de résultats satisfaisants à cause de leur mobilité. Le taux de scolarisation est très faible dans ce milieu (moins de 1% pour les garçons et presque nul pour les filles).
La fille peule, dès le plus jeune âge (3-4 ans), se réveille tôt, tout comme sa mère avant les autres membres de la famille, partageant ainsi les tâches ménagères. Il s’agit d’abord de balayer la cour et de préparer le déjeuner. Ensuite elle suit sa mère et ses aînés au pâturage
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pour traire les animaux et ramener le lait à la maison. De retour du pâturage, elle entreprend la transformation du lait dans ses divers stades. Puis c’est la corvée de l’eau, qu’elle doit aller chercher dans une jarre et porter sur sa tête. Ces jarres pèsent parfois plus lourd que la petite fille elle-même. Toujours à côté de sa mère, elle participe ensuite partiellement à la préparation du repas de la mi-journée. Quelques travaux subsidiaires lui sont confiés dans ce cadre (tamiser la farine, faire la vaisselle…). Mentionnons encore la lessive, qui revient aux femmes, et donc à la jeune fille peule. L’apprentissage de la lessive se fait très tôt. La jeune fille peule fait cet apprentissage en lavant les habits de son père et de son frère en plus des siens. Lorsqu’il y a un bébé dans la famille, c’est encore la jeune fille qui le garde, le porte et veille sur lui pendant que les mères s’occupent des travaux culinaires. Elle est soumise à ce régime quotidien jusqu’à l’âge de son mariage à 12-13 ans au gré du chef de la famille.
Ce régime constitue « son éducation de femme ». En plus de cette éducation aux tâches physiques, sa mère assure son éducation morale, sociale et spirituelle en lui enseignant le « Pulaaku » que doit assumer tout peul. C’est le « pulaaku » qui fait de l’individu un Peul, la naissance ne faisant que le prédisposer à l’être. Le «pulaaku» consiste en cinq obligations que doit apprendre et appliquer tout peul, donc la jeune fille aussi. L’éloge le plus flatteur qu’on puisse adresser à un(e) peul(e), c’est de dire qu’il/elle « possède le pulaaku ».
Les principes de base du « pulaaku » sont : . le « Semteende » signifie la « réserve ». Le mot se confond aussi avec « honte ». Pour une fille peule, le « semteende » impose par exemple d’avoir honte de se présenter devant les hommes, elle doit se couvrir le corps et la tête… La pire des injures que l’on puisse faire à un peul, et surtout à une fille peule, c’est de dire qu’il (ou elle) ne possède pas le « semteende ». Le « semteende » comprend également le « de’itaare », qui veut dire qu’elle doit être calme et sereine chez son père aussi bien que plus tard dans son foyer. Dans son expression vocale, dans ses postures corporelles (démarche par exemple), et dans tout autre acte, elle doit faire preuve de calme et de majesté. . le « Nedhingo » signifie le « respect ». Elle doit respecter tout le monde, particulièrement les aînés. Encore appelé le « Dhowtago »,
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principe qui signifie la « soumission », impose à la fille peule autochtone la soumission à toute personne plus âgée, telle que son mari, son père, sa belle famille, ses grandes sœurs et frères et toute autre personne plus âgée qu’elle.
. le « Hakkiilo » signifie l’« intelligence ». Le « hakkiilo » implique non seulement le discernement, mais aussi la ruse (« Yoïre »). Un(e) vrai(e) peul(e) qui se fait rouler par exemple dans une transaction ne l’avouera jamais, car ce serait non seulement un aveu de manque de ruse, ce qui est déjà grave, mais pire, un manque d’intelligence (« hakkiilo »). La jeune fille peule doit donc particulièrement être formée à ce principe de « hakkiilo » pour mieux vivre avec les autres et se sortir des situations difficiles.
. le « mugnal » signifie la « patience » et l’« endurance », dans leurs sens physique et moral. La réponse classique pour une fille ou une femme peule chaque fois qu’elle a un problème, est : « fais preuve de patience» («wadhu mugnal»). Son père veut-il la marier à un inconnu pour lequel elle n’a aucun sentiment et dont elle ne veut pas ? La seule consolation que lui offre son entourage c’est «wadhu mugnal ». Pour toute contrariété, elle doit faire preuve de « mugnal ». Ainsi, elle sera très appréciée comme étant une fille (ou femme) qui « possède le mugnal ».
. le « bernde » se comprend comme le sens de l’honneur, la fierté et le refus de tout acte ou attitude de mépris ou de manque de respect envers soi. La socialisation à ce principe de « bernde » réussit tellement que dans certains cas extrêmes il arrive par exemple qu’une femme peule à qui on raconte que son mari a été éconduit par une autre femme à qui il a fait des avances, s’en aille provoquer cette dernière en duel car le fait d’éconduire son mari signifierait qu’elle s’estime supérieure à la femme légitime, ce que cette dernière ne peut accepter.
Certaines filles dont les parents sont sédentarisés dans des grandes villes, ont eu la chance d’aller à l’école moderne pendant quelques années. Mais celles-ci subissent des discriminations violentes de la part des autres élèves, qui refusent de rester à leurs côtés. Les railleries les plus courantes sont «elle est peule », « elle pue le lait et le beurre », etc… À l’école ou dans la rue, certains enfants crient et chantent à leur passage. Au Tchad notamment, le terme injurieux de 29
«wara dubbaan» désigne les peul(e)s, littéralement l’expression signifie « après les mouches ». C’est qu’en effet Dieu aurait créé tous les êtres sur terre, jusqu’aux mouches (les mouches étant dans la culture tchadienne les êtres les plus méprisés de la création, comme les chiens chez les Arabes), puis bien plus tard, pendant qu’il s’ennuyait, il a créé les Peuls, juste pour s’occuper, ce qui veut donc dire que ceux-ci ont moins de valeur qu’une mouche. Face à toutes ces discriminations, peu de filles peules persistent à poursuivre leurs études, qui s’arrêtent généralement après la 3ème ou 4ème année de primaire. Les habitudes ont la vie dure et les efforts du gouvernement pour l’intégration de tous les Tchadiens sur un pied d’égalité n’ont rien donné contre cette forme de discrimination. À la fin le père décide de sortir sa fille de l’école et de la donner en mariage plutôt que de la garder à la maison « pour rien ».
La fille peule se marie à l’âge de 12 ou 13 ans. Elle ne choisit pas son mari. Elle épouse le premier prétendant choisi par son père sans concertation avec elle ni avec sa mère. Le mariage se fait assez souvent entre cousin et cousine, d’où la proportion élevée de dégénérescence génétique. Pis, le mariage se faisant dans le cercle familial, tous les problèmes sont étouffés au nom du principe de la « semteende ». La fille peule autochtone devenue femme doit se taire et faire preuve de « mugnal » plutôt que de « déshonorer » sa famille. La polygamie est courante chez les peuls, ce qui fait qu’il est usuel de voir une jeune fille peule de 12 ans donnée en mariage à un sexagénaire et devenir la co-épouse de femmes pouvant avoir l’âge de sa mère, voire de sa grand-mère maternelle. On imagine aisément les désagréments qu’elle subit de la part de ces dernières, plus rompues aux machinations qu’elle et pas forcément heureuses de l’intérêt disproportionné que porte le mari à la cette jeune « chair fraîche ».
Au sein de la famille peule autochtone, la femme ne participe guère à la prise de décision, rôle dévolu principalement au chef de la famille et à ses frères (oncles de la fille). Les ressources générées par ces activités (vente de lait et de beurre) sont gérées par le chef de famille. En dehors des devoirs culinaires, la fille peule et sa mère doivent quotidiennement se procurer des fagots et puiser de l’eau à des kilomètres du lieu conjugal. La femme ne dispose pratiquement pas du 30
temps pour s’occuper d’elle-même et est soumise à un rythme accéléré de production et de reproduction.C’est elle qui a la lourde responsabilité d’assurer la descendance du mari et est donc responsable de la fécondité. Dans la production, la division du travail attribue à l’homme uniquement le rôle d’épouiller et de faire paître le bétail, tout le reste étant dévolu à la femme et à la fille. L’éducation même des enfants est l’affaire de la femme, y compris l’éducation de base des garçons.
Dans ces conditions la femme peule est prisonnière des us et coutumes et est défavorisée non seulement dans son propre milieu mais aussi par rapport aux autres groupes en général. Compte tenu de son mode de vie nomade, la femme et la fille peules échappent aux recensements des populations, et en conséquence les programmes gouvernementaux tiennent rarement compte d’elles.
Ainsi elle ne bénéficie pas de ses droits les plus élémentaires en tant que citoyenne à part entière. Sa situation au Tchad est déterminée au niveau national. Or elle n’existe pratiquement pas à ce niveau, sauf exceptionnellement lors des festivités où elle présente des danses folkloriques. Au Tchad par exemple, les filles peules n’ont été connues qu’à travers une association aujourd’hui disparue, la « Jeunesse Folklorique Peule », dont le rôle ne consistait qu’à présenter les danses peules lors des manifestations officielles. Ce cantonnement a considérablement freiné son épanouissement et son développement. C’est ainsi que jusqu’à nos jours elle traîne ces tares qui ont pour nom :
. la sous scolarisation, . le mariage précoce, . le taux extrêmement élevé de divorces précoces, . le nombre élevé de femmes très jeunes, divorcées, élevant seules des enfants, . l’absence d’un planning familial d’espacement de naissance, . la méconnaissance de ses droits.
Ce retard est dû en grande partie aux us et coutumes de ce groupe ethnique renforcé par une interprétation abusive et tendancieuse de la religion musulmane et l’absence quasi-totale de l’Etat à travers des 31
structures adéquates dans le milieu autochtone pour améliorer les conditions de vie de la fille peule.
Face à cette situation, les solutions ne pourraient provenir que d’initiatives privées telles que d’associations, d’ONG, et d’autres organisations oeuvrant dans le but d’améliorer les conditions de vie des autochtones. C’est dans cette optique, et soucieuse du devenir de la fille et de la femme autochtones, que l’AFPAT (Association des Femmes Peules Autochtones du Tchad) est née. Cette association a pour but principal d’améliorer les conditions de vie de la femme peule sous toutes ses formes. L’action des associations cependant ne pourra rien à cette situation si, à la base, l’éducation officielle n’est pas dispensée aux filles autochtones. En effet, l’expérience a montré que partout où la femme a été instruite, elle s’est souciée par la suite de l’instruction de ses enfants. Il est impossible de s’intégrer dans une société aussi pluriethnique que le Tchad, sans avoir été instruit dans le moule commun qu’est l’enseignement officiel. Le mode de vie nomade des Peuls nécessite une adaptation de l’enseignement, pour donner à ce groupe des écoles nomades. Certains groupes en ont bénéficié dans le passé, mais pas les peuls. À travers les contacts lors de séminaires et colloques, l’AFPAT tente de sensibiliser les autres structures aussi bien non gouvernementales que gouvernementales pour une aide conséquente à la formation des filles peules du Tchad. Soit par l’aide à la construction de salles de classe, soit par une pression sur les structures adéquates du gouvernement et même des programmes des Nations Unies au Tchad, l’AFPAT met un accent particulier sur ce groupe, notamment sur l’éducation des filles et des femmes. Des campagnes de sensibilisation sont aussi entreprises par l’AFPAT auprès des femmes et de parents pour lutter contre le mariage précoce. Hélas, le manque de moyens adéquats, une certaine hostilité des maris et des pères, ainsi que le manque d’intérêt des décideurs, contribuent à freiner l’impact de ces actions.
Il n’y a pas lieu cependant de baisser les bras, car l’espoir est toujours permis. Il y a une prise de conscience qui s’installe. Déjà le fait de faire accepter aux familles les plus conservatrices de donner à leurs filles ou femmes l’autorisation de participer aux réunions de sensibilisation, et même à deux ou trois reprises de voyager à 32
l’étranger pour des réunions sans être accompagnées, constitue un début très encourageant. Pour ceux qui se sont installés en ville, les choses commencent à bouger, concernant au moins l’envoi des filles à l’école. Malheureusement on doit avouer que bien que désormais la fréquentation dépasse la 4ème année primaire, les études s’arrêtent net dès la fin du primaire. À ce jour on compte moins d’une dizaine de filles peules ayant achevé les études secondaires dans tout le Tchad.

Par Hindou Oumarou Ibrahim
Coordinatrice AFPAT

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